Allocution de Pierre Léna,
à l'occasion de la remise des prix de la XVI° édition le 31 janvier 2009
"Chères lauréates, chers lauréats de ces Olympiades de physique, je me suis interrogé sur votre chemin, passé et à venir. Se sont d'abord imposés à mes yeux des visages d'enfants, ces enfants que vous fûtes et que grâce à La main à la pâte je côtoie depuis plus d'une décennie. Enfant, avec étonnement, vous aviez regardé le ciel et ses étoiles, les fleurs épanouies, l'irisation du scarabée, l'eau jaillissant d'une fontaine ou la course d'un ballon, et vous vous interrogiez sans même le savoir. Très tôt, j'en suis certain, vous vous demandiez pourquoi ? Et parfois même osiez-vous le formuler, interroger vos parents, une grande sœur, un livre. La petite flamme de votre curiosité, cet héritage de notre espèce venant de si loin que nous ne savons en tracer l'origine, ne demandait qu'à grandir.
J'ai aussi songé à vos professeurs. Bien avant ceux qui vous entourent aujourd'hui, fiers de votre succès, il a souvent dû se trouver sur vos pas un instituteur assez passionné pour entretenir la flamme qu'il lisait dans vos yeux. D'autres maîtres aussi : celle ou celui qui vous ont appris à manier notre belle langue, à goûter le choix des mots, l'élégance du verbe, à en connaître les racines. Sans eux, vos exposés n'auraient pas eu l'aisance, la limpidité qui vous ont distingués aujourd'hui. Peut- être s'agissant de gravitation auriez-vous dit apesanteur au lieu d'impesanteur, s'agissant d'exoplanètes auriez- vous confondu éclipse et transit… La science est affaire de mots justes et de pensée claire : souvenons-nous de Lavoisier qui voulait écrire un traité de nomenclature et s'aperçut qu'il avait écrit un traité de chimie. Dans l'ombre lointaine que je fouille, je vois aussi se profiler vos professeurs d'histoire. Vous n'avez pas oublié cette épaisseur du temps qu'ils vous ont apprise, cette lente et fragile conquête des civilisations sur la barbarie souvent renaissante. Grâce à eux, vous savez que nous sommes des u nains, qui voient loin parce que montés sur des épaules de géants, comme l'écrivit Bernard de Chartres a XII° siècle : au seuil de votre jeune vie, vous verrez plus loin que nous. Comment cela se peut- il ? Pourtant, c'est la grande leçon de l'histoire de la physique, de celle de la science tout court. Elle vaut bien les célébrations d'Austerlitz ou de Marignan, l'évocation des conquêtes d'Alexandre ou de la chute des Ming.

